Blog à vocation informative, à l'atmosphère parfois militantiste.

N'hésitez pas à laisser vos commentaires et états d'âme.

17.7.12

L'ananas de la honte envahit Caño Negro, patrimoine mondial de l'UNESCO


Contaminations, invasions d'aires protégées, esclavagisme, corruption, menaces, guerre des prix, fruit exotique, l'ananas costaricien a toutes les saveurs, des plus sucrées au plus amères.

Situé près de Los Chiles au nord du Costa Rica, Ce sanctuaire qui s'étend sur 10.000 hectares de forêts et zones humides, sert d'abri à d'innombrables oiseaux (de nombreux migrateurs) et d'espèces en voie d'extinction. La biodiversité est unique, certaines espèces ont pratiquement disparu de la surface de la terre comme le Gaspar, ce poisson préhistorique considéré comme un fossile vivant. D'une importance inestimable pour la conservation des zones humides, Caño Negro a été reconnu par la Convention RAMSAR et déclaré patrimoine mondial de l'humanité par l'UNESCO.



Seulement voilà, tout n'est pas rose et puisque nous avons tous notre part de responsabilité dans notre société industrialisée, je voudrais porter à votre connaissance la situation inacceptable du Refuge de Vie Sylvestre Caño Negro et pouvoir compter sur votre soutien.

Depuis plus de 10 ans, ce Refuge est victime de l'expansion des cultures d'ananas. Les transnationales se moquent éperdument des lois de protection environnementale. Elles empiètent sur le Refuge, déforestant et asséchant sans la moindre vergogne toujours plus de parcelles. De plus, il faut savoir que la culture industrielle d'ananas est responsable de graves problèmes sanitaires dus à une utilisation massive de pesticides. Malgré de nombreuses plaintes, les fonctionnaires responsables de la protection de Caño Negro, tout comme la justice costaricienne, semblent voués à la discrétion, quelques conflits d'intérêts aidant.

Voici le témoignage poignant de Mauro Corte, habitant de la zone qui a lutté férocement mais sans succès durant une décennie pour stopper les catastrophes environnementales et sanitaires dont il est témoin. Aujourd'hui, il espère un soutien de l'opinion internationale comme ultime espoir de pouvoir sauver ce merveilleux sanctuaire. Le gouvernement costaricien doit faire respecter sa législation auprès des transnationales agro-alimentaires. Incitons-le en signant la pétition ci-dessous.

(merci à Fanny pour sa traduction en français)

(Aidez-nous à sauver le refuge de vie sylvestre Caño Negro)
‹‹ Merci beaucoup. Mauro CORTE, citoyen engagé ››

Vous pouvez aussi faire part de votre indignation à :
la Délégation permanente du Costa Rica auprès de l'UNESCO à Paris :
   dl.costa-rica@unesco-delegations.org
 la Commission costaricaine de coopération avec l'UNESCO à
   San José :
   comisioncr@comisionunesco.cr
   mesanchez@comisionunesco.cr (Marta Eugenia Sánchez González,
   Secrétaire Général)

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Caño Negro en images

Caño Negro vu par RAMSAR :



Caño Negro vu par les habitants de la région :

2008 - incendie provoqué à l'intérieur du Refuge et en zone limitrophe 

Sédimentation causée par l'érosion suite à la déforestation

2009 - Plantation d'ananas à l'intérieur du Refuge Caño Negro

2011 - Incendie provoqué à l'intérieur du Refuge Caño Negro

Extansion des cultures d'ananas à Caño Negro

2012 - Lagune partiellement asséchée

Sédimentation causée par l'érosion suite à la déforestation

Lagune - Sédimentation causée par l'érosion suite à la déforestation

Déforestation et brulis

Les plantations d'ananas gagnent du terrain

2012 - Invasion des plantations d'ananas - l'énorme trou qui peut contenir plusieurs camions est utilisé pour enterrer d'immenses arbres.

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Vidéos

Les trois quarts des ananas vendus en Europe proviennent du Costa Rica. L'environnement, les travailleurs agricoles et les habitants voisins des plantations paient un lourd tribut pour satisfaire la politique agro-industrielle dont le but est d'inonder les étalages des supermarchés de fruits exotiques à bas prix.


Reportage d'investigation réalisé par l'association Consumers International




23.4.12

La France ne sortira pas du nucléaire

Quelle grande déception que ce premier tour de l'élection présidentielle… Les français ont voté et même si le deuxième tour reste à venir, ils ont déjà dit "oui" au nucléaire. Hollande, Sarkozy, c'est du pareil au même, le lobby de l'atome va pouvoir continuer de rayonner. Faut-il une catastrophe en France pour attirer l'attention des français sur les dangers du nucléaire ? Je ne souhaite pas qu'une catastrophe se produise bien évidemment, seulement voilà, toute personne informée ne se pose pas la question de savoir si elle arrivera mais quand elle arrivera.

Et qu'en est-il des déchets nucléaires ? Ces milliers de tonnes de poison dont la nucléocratie ne sait quoi faire, depuis les combustibles usés des réacteurs, aux déchets de démantèlement, en passant par les sources radioactives de l'industrie ou les déchets de la médecine nucléaire…

Compte tenu de l'histoire et de notre savoir aujourd'hui, voter pour le nucléaire dépasse l'entendement. Comment peut-on accepter qu'une poignée de politiciens, aux commandes de nos droits et libertés, décident de nucléariser le pays, de contaminer l'environnement, de mettre en danger la santé publique, ou encore de fabriquer des armes atomiques et renforcer le nucléaire dans le monde ?

Pourquoi autant de gens se désintéressent de l'avenir de leurs enfants et petits-enfants ? Pourquoi cette majorité de personnes accepte t-elle de voir condamner les sols, rivières et océans ? Pourquoi n'est-elle pas dotée de cette faculté innée de survivance ? Pourquoi la clairvoyance succombe-t-elle a la manipulation ? L'énergie du futur a déjà un lourd passé et pourtant elle poursuit sa conquête en toute impunité. Les résultats du premier tour présidentiel sont éloquents. Le nucléaire ? On y croit ou on s'en fout…




Fukushima, une catastrophe de plus qui confirme l'incapacité des autorités à faire face aux dangers du nucléaire :

Fukushima Diary : le blog (en anglais) de Iori Mochizuki, journaliste japonais

L'actualité nucléaire en France : L'industrie nucléaire mais aussi le gouvernement se doivent de nous informer mais c'est une ONG qui s'en charge : inscrivez-vous à la lettre d'information électronique du Réseau Sortir du Nucléaire, au rythme d'un numéro par mois, vous resterez informé, ou plutôt averti.

14.11.11

Un cocktail de poisons au quotidien


En 2009, une étude sur les pollutions de l'air intérieur de l'association de défense des consommateurs UFC-Que Choisir alertait une fois de plus sur les dangers des substances chimiques présentes en grande quantité dans notre atmosphère. Notre maison est un véritable nid toxique, au même titre que notre lieu de travail, les magasins, la salle d'attente de notre médecin, etc... Matériaux de construction, mobilier, décoration, tous émettent des substances chimiques reconnues cancérigènes par l'OMS. Peintures, colles, détachants, cosmétiques, vêtements, solvants, produits d'entretien, tapis, moquettes, parquets, meubles, contreplaqués, aérosols, désodorisants d'intérieur dont une partie sont classés "cancérigènes possibles" par le Centre International de Recherche sur le Cancer, sont autant de substances nocives que notre corps doit affronter, sans compter la pollution de l'air extérieur et l'industrie agro-alimentaire qui nous empoisonne sans ménagement.

L'étude dénonçait des carences réglementaires et une insuffisance des tests effectués par les fabricants. Seulement 1% de toutes les substances chimiques auraient été analysées. Parmi les 1500 substances chimiques dangereuses enregistrées auprès de l'Agence Européenne des Produits Chimiques, seulement une quinzaine ont été retenues par celle-ci, ce qui représente 2% des substances concernées. UFC-Que Choisiir demandait à ce que toutes les substances des groupes A, B et C (*) classées par l’Observatoire de la Qualité de l'Air Intérieur, soient interdites, substituées ou traitées. A défaut de voir interdire les substances dangereuses, l'association préconisait sur les étiquetages, l'affichage de la mention "peut provoquer le cancer". Il est de notre droit de connaître les dangers des produits, comme il est du devoir des fabricants de nous en informer. (Pollution de l'air intérieur : «La France est très en retard»)

Des milliers de substances chimiques font partie de notre quotidien. Les "doses journalières admissibles" ne suffisent plus à écarter le danger et depuis des années, des experts indépendants et associations tentent d'alerter sur les effets cumulatifs de ces substances. Nous sommes en 2011 et rien n'a changé si ce n'est le nombre grandissant de substances chimiques utilisées. Les lobbies ont infiltrés organisations, institutions et gouvernements, et continuent de mettre en péril notre santé et notre environnement. Aucune décision concrète n'est prise pour enrayer cette agression toxique dont nous sommes victimes. Toutefois, gardons à l'esprit qu'à travers notre consommation, toute victime que nous sommes, nous contribuons grandement à cette fièvre de croissance économique dont souffrent les dirigeants de ce monde.

Au fil des années, des substances chimiques à gogo !






Fabrice Nicolino - Vous reprendrez bien un peu d’air intérieur ? ‹‹ L’air intérieur est bien plus pollué que l’air extérieur, voilà l’horrible vérité. Or nous passons entre 70 % et 90 % de notre temps à l’intérieur d’un logement ou d’un lieu de travail. Et nous devons désormais vivre avec environ 100 000 substances chimiques qui n’existaient pas en France avant 1945. Ce n’est qu’une estimation, mais elle est officielle : 100 000. Dans ces conditions, que vous dire ? Dans l’euphorie niaise du Grenelle de l’Environnement, il y a deux ans, un groupe de travail consacré aux pollutions de l’air intérieur avait été créé. Mais, accrochez-vous, aucune, AUCUNE de ses propositions n’a été retenue. Et du coup, leur belle loi dite Grenelle 1 ne parle évidemment pas une seconde de cet air qui remplit nos poumons après s’être chargé de toutes les merdes industrielles créées depuis soixante ans. ››


Un dangereux poison pris sur le fait ‹‹ Sournois, ubiquitaires et très toxiques: ce sont les organoétains, petites molécules contenant un atome d'étain. L'industrie semble ne pouvoir s'en passer: on les retrouve aussi bien dans les pesticides que dans les canalisations en PVC, les plastiques et même les couches pour bébés. Leur utilisation dans les peintures marines a eu des effets dévastateurs sur plusieurs populations de mollusques et de poissons. ››


Et qu'en est-il du fluor ? ‹‹ il faut savoir que le fluor servait d'élément important à la fabrication des bombes A pendant la guerre, et que d'autre part, le fluor est un sous produit des industries de l'aluminium et des pesticides.  Les fermes qui se trouvaient à proximité des usines fabriquant le fluor avaient des récoltes brûlées et flétries, et des animaux toujours malades. Les ouvriers eux-mêmes travaillant à l'usine avaient de dangereuses concentrations de fluor dans le sang. En outre, les tests effectués par le gouvernement US ont démontré que le fluor était très toxique et provoquait, entre autre, des lésions du système nerveux central, des malformations de naissance et contrairement à ce qui est toujours affirmé, tache et détruit les dents au lieu de la préserver. D'ailleurs, la loi américaine précise que tout dentifrice contenant du fluor doit mettre en garde le consommateur qui, s'il avale accidentellement plus de dentifrice qu'il n'en faut pour le brossage des dents doit "immédiatement consulter un médecin ou contacter un centre anti poison". ›› (source) - Et si le dentifrice était dangereux pour la santé ?


Le saviez-vous ? Le miraculeux revêtement anti-adhésif Teflon ou Tefal n'est autre que du polytétrafluoréthylène (PTFE), en d'autre terme une résine fluorée ou du fluor mélangé à du plastique. Ce matériau est omniprésent dans les supermarchés malgré qu'il ait été dénoncé en 2009. Le chimiste DuPont s'est engagé à mettre un terme à l'utilisation de PFOA pour la fabrication du Teflon pour 2015. Cet acide perfluorooctanoïque (aussi connu sous le nom de C8) dégage une substance nocive lorsqu'il est chauffé à haute température.

En 2005, l'EPA (Agence de protection de l'environnement étasunienne) découvrait que le PFOA était cancérigène. Les laboratoires DuPont ont été condamnés à payer plus de 16 millions de dollars aux autorités sanitaires américaines pour avoir dissimulé des études qui concluaient que le PFOA provoquait des cancers chez les animaux. D'autre part, une action en justice menée par 60.000 personnes résidant près des usines du groupe a condamné celui-ci à verser 345 millions de dollars de dédommagement et stopper les rejets dans l'environnement. En 2007, cet acide réputé persistant dans l'environnement et toxique pour les humains et animaux était retrouvé dans le sang du cordon ombilical de 100% des 299 nouveaux nés examinés à Baltimore.

L’Agence Française de Sécurité Sanitaire des Aliments, quant à elle, a conclu que le risque du PFOA pour la santé était négligeable. Souvenons-nous en 2008, lorsque cette même Agence publiait un avis favorable sur l'utilisation du bisphenol A dans les biberons, la moitié des membres de son comité d’experts était liée à l’industrie. Article du Canard Enchainé du 19 novembre 2008 :

(cliquer sur l'image pour agrandir)

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(*)  Groupe A : 7 substances « hautement prioritaires » : formaldéhyde, benzène, acétaldéhyde, particules, radon, di-éthylhexyl phtalate (DEHP) et dichlorvos. 
Groupe B : 12 substances « très prioritaires » : dioxyde d'azote, allergènes de chien, acariens, toluène, trichloréthylène, plomb, tétrachloroéthylène, dieldrine, allergènes de chat, aldrine, paraffines chlorées à chaîne courte et monoxyde de carbone. 
Groupe C : 51 substances « prioritaires » parmi lesquelles des biocides, les champs lectromagnétiques très basse fréquence, des composés organiques volatils, des éthers de glycol, les endotoxines, des phtalates, des organoétains et les fibres minérales artificielles. 
Groupe D : 22 substances « non prioritaires » parmi lesquelles le 1,1,1-trichloroéthane, des biocides, des phtalates (DMP), des alkyls phénols et des organoétains. 
Groupe E : 8 substances « inclassables » parmi lesquels le 2-éthoxyéthylacétate, 2-méthoxyéthanol, 2-méthoxyéthyleacétate, alkyl phénol (4NP), des phtalates (DPP), endosulfan, 2-éthoxyéthanol et l'oxadiazon. 

17.9.11

Fukushima : Les mensonges de la nucléocratie

Non, la catastrophe nucléaire à Fukushima n'est pas maitrisée et la contamination dépasse de loin celle de Tchernobyl. Les autorités japonaises ont finalement reconnu que la fusion des réacteurs avait atteint le seuil critique du syndrome chinois (1). Corinne Lepage s'est rendue au Japon et témoigne :

‹‹ De retour de Fukushima, où le silence et les mensonges tuent - Depuis plusieurs semaines déjà, la catastrophe de Fukushima ne fait plus la une de l'actualité. Pour l'immense majorité de nos concitoyens, la question est réglée et il va quasi de soi que Tepco, et Areva pour ce qui est du traitement des eaux polluées, maîtrisent parfaitement la situation. Les personnes qui devaient être évacuées l'ont été, le taux de radioactivité baisse et le Japon, vu de France, est prêt à faire redémarrer des centrales. Du reste, régulièrement, la presse, informée par les soins du lobby nucléaire français, indique que telle ou telle centrale va redémarrer. Cela est dramatiquement et tragiquement faux. ›› lire la suite



‹‹ Fukushima : voici venu le temps de l'imposture scientifique - Après le temps des mensonges industriels, avec Tepco dans le rôle du coupable idéal, après le temps de la panique feinte de l'Etat, avec l'ex-Premier ministre Naoto Kan dans le rôle du fusible politique, voici venu le temps de l'imposture scientifique avec le professeur Shinichi Yamashita dans le rôle du savant histrionique, détenteur indiscutable de la vérité sur l'ampleur des dégâts sanitaires après la catastrophe. Imposture scientifique en deux temps. ›› lire la suite
‹‹ Fukushima, six mois de mensonges et de désinformation - Ce 11 septembre 2011, six mois se seront écoulés depuis le début de la catastrophe nucléaire de Fukushima. Six mois que Tepco, l’ensemble du lobby nucléaire, le gouvernement japonais, mentent et désinforment les citoyens du Japon et du reste de la planète. Six mois déjà, à lutter contre l’opacité, à tenter de démêler les fils de la vérité, concernant la situation des réacteurs, la contamination de l’environnement, des habitants et des aliments. A la veille du 11 septembre 2011, nous sommes toujours confrontés à un mur de censure.. Les grandes catastrophes nucléaires de l’histoire, de Mayak à Fukushima en passant par Tchernobyl, se suivent… la désinformation reste entière, et nous, citoyens du Japon et d’ailleurs, sommes les premières victimes. Ce silence doit cesser. ›› lire la suite

‹‹ Bernard Laponche : Il y a une forte probabilité d'un accident nucléaire majeur en Europe - Il est des leurs. Enfin, il était des leurs. Polytechnicien, physicien nucléaire, Bernard Laponche a participé, dans les années 1960, au sein du Commissariat à l'énergie atomique, à l'élaboration des premières centrales françaises. La découverte des conditions de travail des salariés de la Hague sera pour lui un choc : il prend conscience du danger de l'atome, qu'il juge moralement inacceptable. Dès les années 1980, Bernard Laponche, désormais militant au sein de la CFDT, prône la maîtrise de la consommation énergétique et le développement des énergies renouvelables. Les décennies suivantes lui ont donné raison. Mais la France, seul pays au monde à avoir choisi l'option du tout-nucléaire, s'obstine dans l'erreur, déplore-t-il, et s'aveugle : énergie du passé, sans innovation possible, le nucléaire ne représente pas seulement une menace terrifiante, pour nous et pour les générations qui suivront ; il condamne notre pays à rater le train de l'indispensable révolution énergétique. ›› lire la suite




(1) L’expression « syndrome chinois », utilisée pour la première fois en 1971 par le physicien nucléaire Ralph Lapp, provient du concept selon lequel le coeur d'un réacteur en fusion en Amérique du Nord pourrait traverser la croûte terrestre et arriver en Chine. La gravité au centre de la Terre rend la théorie de l'auteur improbable mais l'expression est toutefois restée pour désigner l'emballement du coeur d'un réacteur nucléaire en fusion, lorsque la masse fondue s'enfonce dans la terre au risque de rencontrer une nappe phréatique.

27.6.11

L'agro-industrie au Costa Rica : une agriculture esclavagiste et dévastatrice

Au risque de froisser les bonnes consciences, je vais à nouveau évoquer les pratiques des multinationales qui oeuvrent au Costa Rica (Dole, Del Monte, Chiquita et bien d'autres) et qui, avec le soutien des gouvernements respectifs, inondent le marché européen de produits agricoles cultivés dans des conditions plus que douteuses, remettant en question la sécurité alimentaire.

Autrefois, le Costa Rica subvenait en grande partie à ses besoins alimentaires. Aujourd'hui, les denrées principales doivent être importées car la monoculture imposée par l'économie mondiale ne permet plus l'auto-suffisance. Et ici comme ailleurs, des milliers d'hectares de forêts ont fait place à la production industrielle destinée à l'exportation. Les terres empestent de produits agro-chimiques tandis que les fleuves charrient ces substances toxiques jusqu'aux océans.

Dans ce petit pays, à des milliers de kilomètres des assiettes des consommateurs, citoyens, syndicalistes, écologistes et agriculteurs livrent une guerre à la monoculture planifiée par l'industrie agricole. Tous sont conscients que leurs luttes pour améliorer les conditions des travailleurs et la responsabilité environnementale seront inutiles tant que les consommateurs occidentaux ne seront pas informés sur le coût réel des produits qu'ils achètent.

Après la banane, l'ananas

Le 22 juin dernier lors d'une conférence de presse, la ANEP (Asociación Nacional de Empleados Públicos y Privados) a dénoncé les conditions de travail des employés dans deux plantations d'ananas. La majorité des salariés ne bénéficient pas du système de sécurité sociale, des primes et vacances prévus par la loi. Leur salaire est en dessous du salaire social minimum et les heures supplémentaires ne sont pas rémunérées. L'ANEP a de plus dénoncé l'utilisation du Furadan (marque commerciale du Carbofuran), un pesticide qui s'est révélé être hautement toxique pour les humains, les oiseaux et les poissons et qui est aujourd'hui interdit aux Etats-Unis, au Canada et en Europe.

‹‹ Durant une inspection de certification dans l'entreprise, un travailleur a refusé de dissimuler l'utilisation de ce produit aux inspecteurs, ce pourquoi il a été licencié le jour suivant. Quand arrivent les inspecteurs du Ministère du travail, ils font monter les travailleurs clandestins dans des camions et les emmènent se cacher, ils font la même chose avec les produits chimiques. Pour tout cela, nous avons décidé de nous réunir pour nous syndiquer, la réponse de l'entreprise a été le licenciement immédiat de tous ›› a déclaré Gerardo Barba Hurtado, un travailleur qui s'est risqué à dénoncer son ex-employeur et qui doit aujourd'hui supporter des menaces et intimidations. 

De son côté, le député José María Villalta Florez-Estrada, que j'apprécie grandement pour son humanisme et son intégrité, s'est compromis a intervenir à l'Assemblée législative afin que les ministères du travail, de la santé et de l'environnement apportent des réponses quant à leur inefficacité en matière de protection de l'environnement, des droits humains et du travail ; ceux-ci devront s'exprimer quant à l'utilisation de produits agro-chimiques toxiques qui sont interdits dans la plupart des pays du monde et en particulier dans les pays où s'exporte l'ananas.

Depuis, une solidarité entre les travailleurs de ces exploitations agricoles s'est établie en dépit d'une forte pression des employeurs. Malgré les menaces qui pèsent sur leurs emplois, ils sont prêts à dénoncer les violations de leurs droits et l'usage de pesticides interdits qui contaminent l'environnement et affectent la santé des communautés avoisinantes dont certaines sont ravitaillées en eau par camion citerne car elles ne peuvent plus utiliser leur source d'eau, hautement polluée. La contamination des sols et des réserves aquifères est très préoccupante.

Cet appel à la justice sociale nous concerne tous. Acheter des ananas provenant du Costa Rica, c'est renforcer le pouvoir de ces entreprises qui exploitent sans vergogne les travailleurs, contaminent l'environnement et trompent les consommateurs. La course aux profits des multinationales n'engendre que misère, désolation et injustice sociale dans le monde entier, et les consommateurs des pays occidentaux sont les acteurs de ces tragiques circonstances. L'égoïsme, la naïveté et la confiance des consommateurs sont les facteurs clés de la prospérité de ces lobbies qui abandonnent à la faillite les producteurs locaux.

Arrêtons de croire tout et n'importe quoi

En 2006, une coalition de 70 syndicats et ONG accusait la multinationale Dole de ne pas respecter les droits humains dans les plantations d'Amérique latine, un sujet malheureusement toujours d'actualité. Du côté des consommateurs, Dole prétend mettre tout en oeuvre pour satisfaire ses clients et leur offrir des produits de qualité. Elle affirme aussi avoir réduit significativement la quantité de produits chimiques depuis 1980, voir même éliminé complètement certains poisons. La compagnie propose également une gamme de produits bio certifiés qui répondent aux mêmes exigences de qualité que ses produits conventionnels, à la différence que ceux-ci sont cultivés sans produits chimiques et engrais de synthèse. C'est ainsi que, par le biais de son site internet, cette même compagnie qui viole les droits humains et empoisonne l'environnement, souhaite gagner notre confiance, qu'en pensez-vous ?

Ne vous est-il jamais arrivé de dire à une personne ce qu'elle avait envie d'entendre, tout simplement pour lui faire plaisir ou pour la rassurer ? Bien sûr, ça ne rapporte rien mais maintenant, imaginez que cela puisse vous faire gagner des millions…

Pourquoi donc devrions-nous nous sentir en sécurité avec l'homo industrialis ? L'avarice qui le ronge n'est-elle pas la pire des dégénérescences ? Faites-vous confiance à un inconnu ? Confieriez-vous un secret à un fabulateur ? Confieriez-vous votre porte-monnaie à un voleur ? ou votre santé à un charlatan ? En toute logique non. Alors pourquoi faire confiance aux compagnies qui dépensent sans compter en opérations de marketing et dont l'unique objectif est de satisfaire leur conseil d'administration en fin d'année ? Couleurs et slogans sont adaptés pour stimuler nos désirs mais en aucun cas pour motiver notre confiance.

Aucun lobby ne peut prétendre collaborer au commerce équitable, nous devons être capable de percevoir la tromperie, nous ne devons pas nous laisser bercer par les messages publicitaires mystifiants au risque de nous endormir sur des idées préconçues, des opinions infondées. Nous ne sommes pas plus stupide que ces politiciens à qui nous confions nos convictions citoyennes, nous ne sommes pas moins dignes que ces savants qui bouleversent notre existence, notre destinée et notre évolution, et surtout nous sommes incontestablement plus généreux que tous ces nantis qui asphyxient le monde. Alors faisons en sorte que notre pouvoir de décision bénéficie à l'humanité et à notre planète, le temps est venu d'évoluer en consom'acteurs.